Pris dans une tension sanitaire inédite

Chassés de l’espace public ordinaire, nous voilà contraints d’inventer de nouvelles formes de socialité à distance les uns des autres et relégués à la « maisonnée », l’oïkos, l’espace privée comme la seule arme efficace contre la progression inexorable de l’ennemi invisible : Le COVID 19.

La pandémie n’épargne plus aucun continent, aucun peuple même si les territoires et les populations demeurent inégalement touchés. Quoiqu’il en soit, la tension sanitaire est partout présente, de New York à Cotonou, de Paris à Johannesburg et personne ne sait quand on en sortira, même si cette infection virale sera in fine maitrisée. Pour nous protéger, la parole se raréfie et nous évitons les discussions en face à face. Mais les interrogations sont nombreuses et résonnent sur les médias et les réseaux sociaux, témoignant d’une inquiétude grandissante. D’une stupeur aussi face à ce fléau d’une morbidité inégalée depuis près plus d’un siècle en Europe et surtout de la difficulté planétaire à la juguler. Au niveau individuel, communautaire aussi, même si les rassemblements sont proscrits, chacune et chacun cherchent à sublimer une impalpable impuissance et une angoisse existentielle, qui par la croyance et/ou la réflexion, qui par la culture et/ou la science qui par la religion et/ou la politique. Et c’est tant mieux, car les ressorts de la vie sont au cœur de chacun de nous, avec le bienveillant soutien de tous les soignants d’une témérité exemplaire qui s’attèlent à lutter contre ce mal viral aussi invasif que produit d’une déliquescence environnementale par manque de prévoyance sanitaire.

 La tension sanitaire inédite que nous vivons désormais révèle le paradoxe axiologique de notre modèle de société. Les économies faites aux dépens de la santé- un leitmotiv de la rigueur budgétaire…- ont été consubstantielles de la formidable évolution technologique de nos sociétés marchandes et consuméristes. Il fallait faire des économies à tout prix au prétexte que même la santé à un coût ! Moins d’humain et plus de technique, moins d’écoute et plus de virtuel, la relation médecin-malade réifiée à des diagnostics informatiques, les hôpitaux réduits à quémander des subventions pour maintenir une disette sanitaire. Et plus grave encore, dans l’économie triomphante contemporaine, les secteurs en recherche et développement les plus valorisés concernent les domaines de l’armement et du spatial, les technologiques liées à la communication et la virtualité des moyens de production. Dès lors, comment s’étonner de la vigueur mortifère de cette crise dans une époque où un drone peut éliminer un humain avec une précision chirurgicale et où des GAFAM[1]  nous promettent l’immortalité alors qu’on n’a pas d’autre choix que de confiner des populations pour éviter la propagation d’un virus mutant

La science et la recherche, soutenues par le civisme citoyen et l’inextinguible pulsion de vie, viendront à bout de cette pandémie. Il nous faudra alors constater le temps perdu, les personnes disparues, le malaise accru partout dans le monde. Le moment est peut-être venu de repenser la mondialisation à travers ses dogmes idéologiques-mutants eux aussi- d’une économie de marché croyant avoir réponse à tout. Et prendre en considération cette chose aussi simple qu’évidente : la question sociale et environnementale doit primer sur une économie marchande. C’est vrai pour l’Europe, comme pour le reste du monde, des États-Unis à la Chine en passant par l’Afrique dont je trouve désormais justifié, pour une part, la résistance à ce modèle de développement européen. La recherche et le développement doivent être réorientés à des fins plus humaines, plus sociales, plus environnementales, plus solidaires. Cette transformation indispensable n’est inscrite dans le corpus économique d’aucune idéologie, pas même au sein du libéralisme issu des Lumières, qui garde son acuité politique sans être omniscient ni omnipotent.

 Et à un niveau plus subjectif, il faut désormais rappeler avec François Jullien que : « Vivre, c’est ne cesser de s’opposer à ce qui s’oppose à la vie. ». Comme j’aimerais que de cette crise jaillisse quelque chose de neuf pour l’humanité.

  1. Serge GOUGBEMON, Philosophe.

[1] GAFAM : Google – Apple  – Facebook -Amazon – Microsoft

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Coronavirus et crise de l’interculturel

Il est trop tôt pour mesure l’impact du coronavirus sur les relations interculturelles. Taxée de « virus chinois », l’épidémie a pu prendre, mais heureusement dans des discours marginaux,  le masque de la xénophobie, voir du « choc des civilisations ».

Pour l’heure, le mode d’ordre est au confinement, aux restrictions, à la fermeture des frontières, à la limitation des libertés publiques. L’apologie irraisonnée du brassage, du métissage, que nous avons largement critiquée, laisse la place à des discours plus circonspects sur les possibilités incertaines de rencontre, de relation.

Hélas, la suspicion, la crainte de comportements dangereux se nourrit aussi de stéréotypes culturels, qui n’ont que peu à voir avec le péril sanitaire en cours. Les frontières sont aussi celles de la peur, qui passent à travers chacun d’entre nous.

 Cependant, ce temps de confinement peut aussi nourrir les sources et les raisons d’avoir depuis des années, prôné, un interculturel réfléchi et non simplement subi. Un seul exemple : comment ne pas lire à frais nouveaux, dans ce contexte de crise, l’ambition affichée par Leopold Sedar Senghor de donner les jalons d’une « civilisation de l’universel » (titre même de son ouvrage Liberté 3 : négritude et civilisation de l’universel, Seuil, 1977), sur lequel notre collègue Serge Gougbèmon, nous a déjà produit une riche réflexion en cours d’élaboration ?

 Contrairement à ce qu’avait espéré l’une de ses sources d’inspiration, le jésuite Pierre Teilhard de Chardin, Senghor avait bien perçue que la socialisation planétaire ne serait pas rapidement au rendez-vous du donner et du recevoir, des richesses du partage des cultures, ce qui veut dire aussi concrètement expérimenté.

Par nécessité, les échanges interculturels prennent en ce moment les formes du digital, allant jusqu’à remodeler l’anthropologie. Du coup, les technologies du numérique font un « grand bond en avant ». Nous nous sommes déjà penchés sur leurs chances et leurs risques, notamment les inévitables utopies qu’elles entraînent et le formatage, notamment culturel, qu’elles produisent (cf Boites noires et gilets noires, Regards croisés sur l’anthropocène, L’Harmattan, 2019).

Bien entendu, l’équipe du REPHI se mettra à l’écoute des contributions qui lui parviendront sur ces questions parfois âprement discutées. A nous de faire de ce site, plus que jamais un espace de rencontre porteur d’espérance, surtout pour les voix les moins entendues.

                                                                                   J F PETIT, le 19 mars 2020

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L’interculturel dans la formation des séminaristes .

L’interculturel impacte aussi la formation des séminaristes. La constitution des presbyteriums diocésains et de la pastorale ordinaire est de plus en plus marquée par une interculturalité de fait. Mais la pense-t-on de droit ?  Devant une trentaine de séminaristes et plusieurs laïcs, Emmanuel Falque et Jean-François Petit ont débattu de ces questions d’une grande actualité. Le grand nombre d’interrogations des participants montre que ce sujet retient désormais leur attention, même s’ils ne sont pas tous au même degré de compréhension et de mise en oeuvre.
Bravo aux responsables du séminaire d’Orléans pour avoir voulu prendre à bras le corps philosophiquement et théologiquement cette question !
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« Philosophie et religions ».

En présence du nouveau recteur, Chems-eddine Hafiz, Jean-François Petit est intervenu le 2 mars 2020 à la Grande Mosquée de Paris au titre du REPHI dans le programme Emouna de SciencesPo Paris sur le thème « Philosophie et religions ».
 Cette session regroupait une quarantaine de personnes.
Elle a vocation depuis 2016 à former ensemble prêtres, pasteurs, rabbins, imams, croyants de toutes confessions. L’objectif de renforcer les liens et la connaissance mutuelle et d’assumer une juste place aux religions dans la laïcité et la culture françaises.
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La Grande Mosquée de Paris
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« La Laïcité dans l’espace francophone, une problématique à part ? »

Le 21 février dernier, Jean François Petit a participé à l’Institut international pour la francophonie à Lyon à un colloque « La Laïcité dans l’espace francophone, une problématique à part ? »
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Laïcité et francophonie

La Francophonie, vaste ensemble de 88 Etats, peut-elle être le laboratoire d’une mondialisation plus humaniste et un rempart contre les fondamentalismes ? Cette question n’est pas sans fondements. Léopold Sedar Senghor pensait que la constitution d’espaces régionaux dédiés au dialogue des cultures ne suffirait pas mais qu’il faudrait entrer dans un dialogue interculturel au niveau mondial. Certes, la convention de l’UNESCO de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles affirme que la culture n’est pas un bien comme les autres. Mais sans un outil comme celui de la laïcité, comment faire face au « choc des civilisations » ? Autrement dit, comment la liberté de conscience, l’égalité juridique, la séparation des pouvoirs et la neutralité de l’Etat peuvent être mises au service d’une interculturalité plus que jamais nécessaire ?

De fait, il n’est pas heureux de vouloir développer une conception absolutiste de la laïcité, qui, dans les faits, n’existe nulle part. Le modèle français n’est pas exportable. Il existe des degrés et des variantes de la laïcité dans l’espace francophone, du Sénégal au Vietnam en passant par le Liban. Mais par peur d’ouvrir « la boite de Pandore » de la laïcité, ne se prive-t-on pas d’un moyen de favoriser et d’aménager l’inclusion dans la diversité ? L’ouverture à un vivre-ensemble pacifié dans les pays de la francophonie suppose la reconnaissance non seulement d’une diversité d’expériences de la laïcité mais aussi l’affermissement de la constitution d’un ensemble culturel, où la diversité du Nord et du Sud, de l’Orient et de l’Occident peuvent être pris en compte. En ce sens, la constitution d’un Observatoire international de la laïcité au sein de l’Organisation internationale de la francophonie serait un premier pas vers la reconnaissance et la promotion de cette « laïcité de cohabitation » dont beaucoup ont aujourd’hui besoin.

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Roseline et Thierry Ezoua de l’université Houphouët-Boigny d’Abidjan

Le 17 février, ont été reçus dans le cadre du REPHI Roseline et Thierry Ezoua, professeurs de philosophie à l’université Houphouët-Boigny d’Abidjan,
fondateurs de l’Institut St Jean-Paul II de Yamoussoukro à la rentrée 2020. Des modalités de partenariat sont à l’étude.
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Sœur Guido Poppa. Conférence de Jean-François Petit

Le 12 février, Jean-François Petit a fait une conférence sur la sœur Guido Poppa au Centre Saint-Pierre Saint-André à Bucarest. Cette religieuse, d’origine roumaine, a été assassinée au Rwanda en 1992.
L’intervention tentait d’élucider, dans une perspective interculturelle, de montrer la logique des victimes et des bourreaux en contexte prégénocidaire, dans le cadre de la recherche menée par le pôle EMI de l’ICP.
La conférence peut être suivie sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=udppkruAqWE
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