Alphonse Quenum, une figure exemplaire pour l’Afrique

P. Alphonse QuenumLe père Alphonse Quenum, historien, théologien et recteur émérite de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO), s’en est allé pour l’Eucharistie éternelle dimanche 15 juin dernier, en la solennité de la Trinité, à l’heure des Vêpres, dans sa 77ème année.

Nombreux sont ceux qui l’ont connu en France ou ailleurs, notamment à travers les médias africains et français (dont ses tribunes dans La Croix), mais surtout à travers ses conférences et sa bibliographie abondante sur l’histoire de la traite négrière, les rapports nord/sud, l’Eglise et ses défis dans le monde de ce temps, la politique africaine…

Intellectuel engagé, humaniste ouvert et chrétien épris de liberté et de vérité, le père Alphonse était de tous les combats pour la libération de l’Homme dans toutes ses dimensions. Cela lui coûtera dix années d’incarcération pendant la période révolutionnaire au Bénin ainsi que sa condamnation à mort par le gouvernement militaro-marxiste de M. Mathieu Kérékou, alors président de la République du Bénin. A la faveur de la grâce présidentielle, il sera libéré avec d’autres compagnons d’infortune le 1er Août 1984.

Le goulag de la révolution béninoise n’a pas eu raison des convictions et des rêves d’Alphonse pour l’Afrique et pour l’Eglise. Il se passionnera encore pour l’histoire de la traite transatlantique et dénoncera, dans sa thèse, l’énigme de l’option historique de l’Eglise pour les indiens contre les noirs. A cette période d’études en France, sanctionnée par un Doctorat à l’université de Strasbourg, succèderont deux décennies de mission d’enseignement et de recherche à l’UCAO, la plus importante université catholique de l’Afrique francophone, à Abidjan, en Côte d’Ivoire. On connait la pertinence et la profondeur de ses recherches en matière d’inculturation de la foi et d’évangélisation des cultures africaines. L’avenir et le développement de l’Afrique en dépendent. Nommé à la tête de l’UCAO, il mettra en oeuvre, non sans peine, son vieux rêve d’une politique panafricaine de l’enseignement supérieur. Sous son impulsion, l’UCAO est devenue non seulement un instrument efficace au service de l’intégration sous-régionale, mais aussi le fleuron d’une nouvelle élite panafricaine post-coloniale.

Ce dernier combat public en faveur de la jeunesse africaine manifeste certes son souci de transmission et de formation comme réponse pertinente au sous-développement dont souffre l’Afrique, mais surtout la mystique de l’homme. Pour qui a connu Alphonse et a partagé la profondeur de ses analyses, sa vie simple et dépouillée, sa quête passionnée de la vérité, avec lui disparait l’un des plus grands africains de ces cinquante dernières années. Il est de la trempe de ces résistants  et de ces vieillards dont la disparition est identifiée, en Afrique, à une bibliothèque qui brûle. Sa mystique était véritablement celle du Semeur (son oeuvre testamentaire : La mystique du semeur). Jusqu’au bout, il aura semé.

La vie et l’oeuvre d’Alphonse sont encore à explorer. En ces périodes d’incertitude pour l’Afrique, il reste pour la jeunesse et les passionnés du développement du continent un repère et guide sûrs. Maintenant qu’il contemple dans la lumière Celui qu’il aura tant cherché, puisse-t-il intercéder pour nous.

Serge Gougbèmon (picpucien)

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