Coronavirus et crise de l’interculturel

Il est trop tôt pour mesure l’impact du coronavirus sur les relations interculturelles. Taxée de « virus chinois », l’épidémie a pu prendre, mais heureusement dans des discours marginaux,  le masque de la xénophobie, voir du « choc des civilisations ».

Pour l’heure, le mode d’ordre est au confinement, aux restrictions, à la fermeture des frontières, à la limitation des libertés publiques. L’apologie irraisonnée du brassage, du métissage, que nous avons largement critiquée, laisse la place à des discours plus circonspects sur les possibilités incertaines de rencontre, de relation.

Hélas, la suspicion, la crainte de comportements dangereux se nourrit aussi de stéréotypes culturels, qui n’ont que peu à voir avec le péril sanitaire en cours. Les frontières sont aussi celles de la peur, qui passent à travers chacun d’entre nous.

 Cependant, ce temps de confinement peut aussi nourrir les sources et les raisons d’avoir depuis des années, prôné, un interculturel réfléchi et non simplement subi. Un seul exemple : comment ne pas lire à frais nouveaux, dans ce contexte de crise, l’ambition affichée par Leopold Sedar Senghor de donner les jalons d’une « civilisation de l’universel » (titre même de son ouvrage Liberté 3 : négritude et civilisation de l’universel, Seuil, 1977), sur lequel notre collègue Serge Gougbèmon, nous a déjà produit une riche réflexion en cours d’élaboration ?

 Contrairement à ce qu’avait espéré l’une de ses sources d’inspiration, le jésuite Pierre Teilhard de Chardin, Senghor avait bien perçue que la socialisation planétaire ne serait pas rapidement au rendez-vous du donner et du recevoir, des richesses du partage des cultures, ce qui veut dire aussi concrètement expérimenté.

Par nécessité, les échanges interculturels prennent en ce moment les formes du digital, allant jusqu’à remodeler l’anthropologie. Du coup, les technologies du numérique font un « grand bond en avant ». Nous nous sommes déjà penchés sur leurs chances et leurs risques, notamment les inévitables utopies qu’elles entraînent et le formatage, notamment culturel, qu’elles produisent (cf Boites noires et gilets noires, Regards croisés sur l’anthropocène, L’Harmattan, 2019).

Bien entendu, l’équipe du REPHI se mettra à l’écoute des contributions qui lui parviendront sur ces questions parfois âprement discutées. A nous de faire de ce site, plus que jamais un espace de rencontre porteur d’espérance, surtout pour les voix les moins entendues.

                                                                                   J F PETIT, le 19 mars 2020

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