Prochaine réunion du REPHI : samedi 30 mai 2015

La prochaine rencontre du REPHI se déroulera le :

Samedi 30 mai 2015
à l’Institut Catholique de Paris (21 rue d’Assas 75006 Paris)
de 9 h 30 à 12 h 30

L’ordre du jour sera articulé autour du thème « Interculturalité et formation »

  • Présentation du projet de création d’une chaire autour de l’Interculturel à l’ICP (Emmanuel Basset, Faculté de Lettres / ICP)
  • Master de Médiation interculturelle de la Faculté de Philosophie. Les leçons d’une expérience (Hubert Faes, Doyen Honoraire de la Faculté de philosophie / ICP)
  • Echos des travaux et publication des membres du REPHI
  • Etat des lieux du colloque « Interculturalité et laïcité » (Serge Gougbèmon, directeur du REPHI)
  • Projet d’une journée de colloque coorganisé par le REPHI et la cour de cassation sur le thème de la justice transitionnelle (Jean-François Petit, co-directeur du REPHI)
  • Retour du colloque d’Abidjan et suites à opérer
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« Vivre ensemble dans un environnement multiculturel : le denier des universités » (UCAO, Abidjan, 17-19 mars 2015)

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REPHI_Abidjan_1Les 17,18 et 19 mars 2015 s’est tenu à l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest/ Unité universitaire d’Abidjan-Cocody un colloque ayant pour thème « vivre ensemble dans un environnement multiculturel : le denier des universités ».

Cette rencontre qui s’inscrivait dans le cadre des festivités marquant la célébration des 15 ans d’existence de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest, ainsi que l’a rappelé le cardinal Adrien Sarr, Grand chancelier de l’UCAO a vu la participation effective de plus de 300 participants issus d’Europe, d’Afrique et d’Amérique qui ont interrogé dans une perspective philosophique et théologique les ressorts d’un possible vivre-ensemble doublement fondé aux plans scripturaire et séculier.

La notion d’interculturalité investie comme mécanisme d’échange culturel a été analysée comme lieu de réflexion et de paradigme, posé au carrefour des notions d’universalisme, de particularisme et de relativisme.

-> Synthèse générale (provisoire) des travaux du colloque, par Jean-François Petit

-> Conférence inaugurale de Serge Gougbèmon, publiée sur Urbi & Orbi : « L’université comme matrice de la transformation interculturelle de la raison« 

-> Programme du colloque

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Pour une démocratie interculturelle. Les nouveaux chantiers du politique au Bénin

Le Réseau Philosophique de l’Interculturel (Institut Catholique de Paris) et la Conférence épiscopale du Bénin organisent une après-midi d’études et réflexions intitulée « Pour une démocratie interculturelle. Les nouveaux chantiers du politique au Bénin », dimanche 22 février 2015, de 16 h 30 à 20 h 30, à l’Institut Notre-Dame de l’Inculturation (quartier Saint Jean). Cette séance sera également l’occasion d’une présentation et dédicace du livre des Actes du colloque « Justice, cultures et charité » (janvier 2013).

ICP-ColloqueCotonou-Jour2-26A l’occasion du premier anniversaire de l’Exhortation apostolique Africae munus, sur « l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix », signée par le Pape Benoît XVI à Ouidah (Bénin) le 19 novembre 2011, l’Institut Catholique de Paris, le Conseil Pontifical de la Culture et la Conférence des Evêques du Bénin avaient organisé, du 21 au 25 janvier 2013, un colloque international de philosophie à Cotonou sur le thème « Justice, cultures et charité ».

ICP-ColloqueCotonou-Jour1-82À partir des expériences de transitions démocratiques faites en Afrique, l’enjeu du colloque a été double : envisager un renouvellement des théories philosophiques de la justice et de la démocratie, sur la base d’une prise en compte de la conflictualité, de l’interculturalité et de l’interreligiosité ; évaluer l’apport du christianisme à la théorie et à la pratique de la justice et de la démocratie, en le confrontant notamment à l’apport de l’Islam et des religions traditionnelles africaines. Les Actes de ce colloque, Vers une démocratie interculturelle en Afrique, ont été publiés, sous la direction du P. Serge Gougbèmon, en novembre dernier aux éditions Chronique sociale.

Haut Conseil de la République (1990)

Haut Conseil de la République (1990)

Ce mois-ci, le Bénin fêtera le 25e anniversaire de la Conférence Nationale. Outre le bilan à tirer des années écoulées depuis, nous pouvons nous interroger sur les grands défis qui se posent aujourd’hui pour la démocratie au Bénin. Dans quelle société voulons-nous vivre ? Quels défis pour notre Eglise dans l’accompagnement de la construction de l’espace public et pour le bien commun ? Comment inscrire un horizon vers les élections présidentielles en 2016 ? Quel enjeu de l’interculturalité pour le politique ?

La séance du dimanche 22 février 2015, ouverte à tous, permettra d’ouvrir les chemins d’une réflexion fondamentale sur le politique.

Plus d’informations : s.gougbemon@icp.fr

En savoir plus sur le livre Vers une démocratie interculturelle en Afrique

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Hommage à Gilles Verbunt

Un combat sans relâche en faveur des immigrés

Cet article voudrait éclairer les fondements des théories de l’interculturel de Gilles Verbunt. En effet, si l’on lui doit l’une des pensées les plus construites sur le sujet, il faut mieux en cerner les origines complexes. L’une d’entre elle vient de sa fréquentation longue des questions et des milieux immigrés, dont ses articles dans des périodiques spécialisés vont régulièrement rendre compte. Ne seront ici étudiés par souci de cohérence et de continuité que ceux issus des revues de la Compagnie de Jésus, à savoir Etudes et Projet. La première jouit encore aujourd’hui, on l’oublie trop souvent d’une grande diffusion, la seconde, liée au Centre de recherche et d’action sociale (CERAS) continue à produire des articles de grand intérêt.

Séance REPHI avec Gilles Verbunt en 2014

Séance REPHI avec Gilles Verbunt en 2014

C’est en effet par la petite porte que Gilles Verbunt fait son entrée dans les revues jésuites à la faveur d’une enquête sur « Le Portugal après Salazar » sous en nom d’emprunt (Jean Nicolas). C’est sans doute déjà au titre de son expertise sur les migrations, ici portugaise, en février 1969 que Gilles Verbunt est sollicité pour Etudes.

L’auteur fait comprendre que c’est moins en raison de la situation politique qu’économique que les Portugais ont émigré en masse. Même réalisme sur les réalités de possibilité d’un changement, le gouvernement Caetano ne faisant que perpétuer l’organisation politique héritée de Salazar. L’Eglise, pour sa part, lui semble compromise avec le régime. L’ignorance de la réalité des problèmes sociaux par les principaux acteurs de la vie portugaise est considérée comme la clé du problème. Gilles Verbunt y fustige la « peur du risque ». A une approche sociale, peu surprenante pour un jésuite épris de justice, se joint donc une dimension plus psychologique. Mais ce tour d’horizon, s’il frappe par sa clarté, est moins annonciateur que l’article de mars 1969 « Esclaves de notre temps, réflexions sur le statut des travailleurs étrangers ». Celui-ci veut faire droit à la dégradation de la situation des trois millions d’étrangers présents à cette époque en France. L’auteur y relaye le début de protestation contre l’afflux croissant des immigrés. L’analyse expose les arguments des opposants aux travailleurs étrangers – ils ne partageraient pas les intérêts de la nation ; leur destinée ne se confondrait pas avec celle des Français. Elle montre surtout le changement d’attitude des autorités publiques en passant en revue le dispositif en question, dans une tonalité « foucaldienne » : restriction, contrôle, expulsion, peur. Gilles Verbunt regrette le ton trop laconique des déclarations de l’épiscopat catholique et la passivité politique, construisant son argumentaire sur la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 pour inviter à une reconsidération du statut politique et juridique des étrangers, d’autant plus nécessaire à ses yeux, qu’elle interfère avec leur statut social. Il s’agit essentiellement de droits sociaux. Gilles Verbunt pronostique que dans l’avenir les immigrés seront toujours aussi nombreux, d’où l’urgence d’une vraie politique d’immigration. En définitive, il plaise pour « une redéfinition du statut des étrangers dans la nation, cohérente, équitable et respectueuse de la personne humaine » dans une tonalité quelque peu personnaliste (p. 343)

C’est en décembre 1972 que nous retrouvons dans un numéro spécial de la revue Projet intitulé « Migrants, des hommes à part » les analyses de Gilles Verbunt. Sans faire partie du comité de rédaction, sa présence comme spécialiste des migrations s’accentue. C’est à propos des grèves de la faim et des occupations qu’il prend la parole en juin 1973. Les conséquences des circulaires Marcellin (ministre de l’intérieur) et Fontanet (ministre du travail, de l’emploi, et de la population) y sont analysées en détail. L’auteur s’élève contre le « pouvoir discrétionnaire des pays riches ». Il dénonce la « fiction de liberté réciproque » avec les pays d’émigration. Les travailleurs immigrés sont jugées constituer « le tiers monde de chez nous » dans une rhétorique assez tiers-mondiste qui s’impose à lui car il lui semble que le lien entre l’immigration et la coopération est « rarement reconnu » (sic, p. 716). On y voit déjà l’ouverture à un travail en réseau avec des associations (FASTI, GISTI, MRAP…) dont l’auteur reconnaît une compétence différente de celle des syndicats et des partis. Il déplore implicitement qu’on ne les prenne pas au sérieux et se prononce pour un dialogue multilatéral entre représentants gouvernementaux, employeurs, syndicats et organisations spécialisées. A cette apologie de la discussion, « préhabermasienne » s’ajoute le plaidoyer pour la reconnaissance (« honnetienne ») d’interlocuteurs véritables au niveau national et international, qu’il faudra au besoin faire émerger. Un espoir est aussi placé dans les institutions européennes, évidemment encore très embryonnaires à l’époque. La question de l’immigration est suivie au sein de la revue, puisqu’en juin 1976, Gilles Verbunt intervient à nouveau, à propos de la grève des travailleurs immigrés dans les foyers SONACOTRA. Cette institution est vertement critiquée pour vouloir faire des profits sur leur dos. Y entasser le plus de monde avec le minimum de confort semble être devenu la règle. L’absence de loisir, de vie sexuelle, la précarité sont dénoncées mais ce qui intéresse surtout Gilles Verbunt est l’organisation de la lutte. Le propos est plus « révolutionnaire » même s’il mentionne encore l’exigence de justice et de dignité. Plus que la SONACOTRA et le secrétariat d’Etat aux travailleurs immigrés, c’est bien le système économique qui est visé. La suppression de « l’immigration prolétaire » semble bien l’objectif à atteindre.

C’est en 1980 que l’on retrouve dans les colonnes de la revue Projet Gilles Verbunt. Il y intervient sur la loi d’Ornano, du nom du ministre de l’Environnement et du cadre de Vie, relayant la volonté des autorités publiques d’en finir avec les conflits avec les immigrés, enfermés désormais dans des catégories de population spécifique, qui ne fait pas que compliquer les choses mais permet surtout de mieux contrôler les migrants. La conclusion est sans appel : « Le projet de loi d’Ornano entre dans la panoplie des mesures législatives récentes qui tendent à isoler le migrant, à précariser sa situation et à retarder son intégration ; comme si on voulait accentuer la nature temporaire, passagères, du séjour et de l’emploi des immigrés en France » (p. 752). La perspective parait donc celle à l’époque d’un combat pour l’intégration et la dignité des personnes immigrées.

Ce combat pour les migrants, aux cotés d’autres acteurs et observateurs comme Catherine Wihtol de Wenden, est particulièrement manifeste dans le numéro de juillet-aout 1980. Tout en reconnaissant la valeur des prises de position des chrétiens Gilles Verbunt déplore que leurs appels à la solidarité soient si peu précis Il y voit qu’une conception du droit et une image de la France se trouvent régulièrement écornés par les lois sur l’immigration. Il plaide pour une connaissance approfondie des réalités vécues par les immigrés seule capable de déjouer les pièges de l’affectivité et du manque d’efficacité politique. C’est cette « autre France » – la France des invisibles, dirait-on aujourd’hui que ces articles entendent montrer, en déconstruisant aussi les discours officiels sur la question, alors que les média sont jugés ne pas s’intéresser à «  une analyse sérieuse et laborieuse de la place des immigrés dans notre société » (p. 821)

Au final, on peut dire que la constante de l’engagement concret et la vigueur de l’analyse ont permis à Gilles Verbunt de devenir l’un des meilleurs spécialistes de l’immigration. Lui-même d’origine néerlandaise, la question le touchait sans aucun doute de façon personnelle. Si le côté descriptif domine encore largement dans ces textes, parsemés ici et là de références philosophiques indirectes – on pense en particulier à Foucault – la nécessité de remonter jusqu’à un échelon plus théorique, qui le conduira de passer de la sociologie à la philosophie, est en fait déjà en germe. Il y aura lieu de l’honorer ultérieurement.

Jean-François Petit

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Prochaine réunion du REPHI

photo gilles verbuntLla prochaine séance du REPHI se déroulera :

Samedi 7 février 2015,
De 14 h à 17 h,
au 21 rue d’Assas 75006 Paris

Elle sera l’occasion de rendre hommage à Gille Verbunt (1934-2014), dont la recherche et l’engagement dans l’interculturel sont aujourd’hui reconnus.

Deux interventions sont programmées à partir des ouvrages majeurs de Gilles Verbunt :

  • Jean-François Petit : De La société interculturelle (Seuil, 2001) à Penser et vivre l’interculturel (Chronique sociale, 2011),
  • Hubert Faes : Le manuscrit inédit de Gilles Verbunt Manifeste interculturel (2014).

Elles seront suivies d’un point sur l’actualité du REPHI (échos des travaux et publications, participation au colloque international de l’UCAO à Abidjan,…).

-> Télécharger l’ordre du jour

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Deux articles publiés sur Ubi et Orbi

Suite au colloque « Rencontrer l’étranger ? Rencontrer Dieu ? », organisé à Chevilly-Larue le 28 novembre 2014, par la revue Spiritus et le REPHI, les interventions du P. Paul Coulon et de Mgr Michel Santier sont parues dans Ubi & Orbi.

> La foi à l’épreuve des cultures, jalons historiques de « l’inculturation », introduction du P. Paul Coulon

Dans son introduction, le P. Paul Coulon, cssp, a souhaité faire un rappel historique des rapports complexes que le christianisme a entretenu avec les cultures du monde. Pour deux raisons: « d’une part, parce qu’on n’en a jamais fini avec cette question aussi vieille que l’histoire du christianisme, rappelle Paul Coulon, et, d’autre part, parce que le pape Benoît XVI, au début de son pontificat, a par deux fois relancé le débat (notamment dans son discours de Ratisbonne) ». Ce que l’on a appelé « inculturation » renvoie au mystère même de l’Incarnation, explique-t-il, « le Christ doit naître dans une culture, comme autrefois le Verbe a pris chair à un moment donné dans une culture donnée à un moment donné de l’histoire ». Cependant l’inculturation véritable se fait « à partir d’en bas », précise-t-il, « comme réponse de la communauté ». « La foi chrétienne nous fait tenir que c’est sous l’action de l’Esprit Saint que se construit ce dialogue entre l’Évangile et une communauté. »

=> Télécharger l’article complet

> Unité et diversité, un défi pastoral important, intervention de Mgr Michel Santier, évêque de Créteil

Mgr Michel Santier a présenté son diocèse, d’une grande diversité culturelle et religieuse – plus de 87 nationalités s’y côtoient –, particulièrement concerné par le thème de l’interculturation et de l’interculturalité. De cette grande richesse, mais aussi du défi pastoral que cela suppose, Mgr Michel Santier a présenté les signes positifs comme aussi certains signes d’inquiétude.

=> Télécharger l’article complet

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Recension

REPHI_ActesSuite à la sortie des Actes du colloque de Cotonou Vers une démocratie interculturelle en Afrique ?, Ed. Chronique Sociale, Lyon, 2014, voici une recension publiée dans Informations de l’Assomption (AA n°15, janvier 2015) par un novice assomptionniste.

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Se procurer le livre
Vers une démocratie interculturelle en Afrique ? , sous la direction de Serge Gougbèmon, Ed. Chronique Sociale, Lyon, 2014
Prix : 20 € (sans frais de port)
Pour se procurer l’ouvrage : serge.gougbemon@icp.fr

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Vers une démocratie interculturelle en Afrique ?

L’Afrique est confrontée aux questions fondamentales de réconciliation, de la justice et de paix. Comment fabriquer un monde nouveau dans des pays en crise, désireux ou ayant à effectuer une transition démographique ? L’exhortation Africae Munus de Benoît XVI s’inscrit dans cette dynamique. Pour commémorer le 1er anniversaire d’AM, un colloque « Justice, culture et charité » a été organisé à Cotonou du 21-25 janvier 2013 en République du Bénin. Le dit colloque international de philosophie de Cotonou initié par le Réseau Philosophique de l’Interculrel (REPHI) sous la direction de l’Institut Catholique de Paris, de la Conférence épiscopale du Bénin et du Conseil pontifical de la culture, a connu la participation d’éminentes personnalités et intervenants dont Mgr Adokounou, Mgr Barrigah, Barbara Cassin, Emmanuel Falque, Hubert Faes, Serge Gougbèmon, Egle Bonan, Barthélemy C.D.Zinzindohoue et Jean-François Petit pour ne citer qu’eux. Le présent colloque s’est fixé trois objectifs à savoir : justice et transition démocratique – culture et universalité – justice et charité.

Penser démocratie interculturelle en Afrique pourrait être salutaire. Surtout en ce qui concerne la paix, et son développement. Epiphane Zoro, magistrat ivoirien en exercice, se fait contemporain d’Aristote en parlant de bon nombre « d’injustice qui ne respecte pas l’égalité et que l’injustice se confond avec l’inégalité ». La plupart des sociétés africaines sont marquées par une rupture de principe cardinal de l’égalité et de l’égale dignité de tous, ouvrant ainsi la voie à l’injustice. L’Afrique est en proie à des tragédies de guerres, des résurgences de la xénophobie. L’unité vient de la ‘’différence’’ en cela que « l’amour est différentiation davantage qu’union, voire aussi confusion ». Emmanuel Falque poursuit en disant que le fait d’oublier cet état de chose conduit la mondialisation sur une fausse voie de l’uniformisation. L’ « amour de la différence » nous dit encore Emmanuel Falque, doyen de la faculté de philosophie de l’Institut Catholique de Paris, paradoxalement réunit et identifie, davantage qu’il ne sépare ou pourrait faussement couper d’autrui.

Peut-on aller vers une démocratie de justice et de paix sans véritablement régler les réels problèmes d’injustice, de réparation et de réconciliation ? N’est-ce pas dans le même sillage qu’a écrit Benoit XVI son exhortation post synodale AM, en abordant le terme de la justice, la réconciliation et de paix ? Il y est question des conditions de possibilité de justice, de réconciliation et de la paix. Pour Benoît XVI, « la paix des hommes qui s’obtient sans la justice est illusoire et éphémère. La justice des hommes qui ne prend pas sa source dans la réconciliation par la « la vérité de l’amour» (Ep 4,15) demeure inachevée ; elle n’est pas authentiquement justice. C’est l’amour de la vérité,- « la vérité tout entière » à laquelle l’Esprit peut nous conduire (Jn 16, 13) – qui trace le chemin de toute justice humaine doit emprunter pour aboutir à la restauration des liens de fraternité dans la « famille humaine, communauté de paix », réconciliée avec Dieu par le Christ. La justice humaine n’est pas désincarnée. Une charité qui ne respecte pas la justice et le droit de tous, est erronée » (AM 18).

Pour sa part, le Prof. Serge Gougbèmon, directeur du REPHI, estime qu’une réception philosophique d’AM est d’abord un détour par l’exigence de vérité que présuppose la vertu théologale de charité comme justice de l’amour. En choisissant d’interroger la justice dans son rapport avec les cultures et la charité.

Justice et réparation : condition d’un nouveau recommencement

Deux fonctions de la justice : départager et réparer – Paul Ricoeur s’interroge sur la finalité de l’acte de juger1. Il distingue une finalité courte, « en vertu de laquelle juger signifie trancher en vue de mettre un terme à l’incertitude », à quoi il oppose une finalité longue, « à savoir la contribution du jugement à la paix publique »2. Dans ce sens l’acte de juger est donc l’acte qui sépare, qui départage. Le P. Serge poursuit en ces termes, « le partage judiciaire est tout à la fois l’attribution de part (qui séparent) et ce qui nous fait prendre part à la même société, c’est-à-dire qui nous rapproche.3 De la répétition surgit une propriété émergente, plus importante que la part qui échoit à chacun : la concorde rétablie, la coopération relancée». Toute justice de réparation doit prendre en compte la « reconnaissance » comme le dit Paul Ricœur. Raison pour laquelle l’honneur et la renommée sont plus importants que l’égalité arithmétique dans l’élaboration de certains droits africains traditionnels. Ce qui appelle un nouveau commencement, un nouveau commencement non pas en opérant une rupture idéologique avec le passé douloureux mais en considérant la question de vérité sur le passé douloureux. Les enjeux politique et éthique de la mémoire et sa gestion sont donc décisifs dans ce processus.

Mémoire et politique de l’oubli

  • La 1ère, que l’on pourrait qualifier de politique de l’amnésie ou politique de l’oubli, soit interdit toute référence à ce passé douloureux, soit tente de reconstruire verticalement un récit général dont le but est d’occulter les traces encore subsistances des mémoires atteintes ;

  • La 2nd est la politique de l’anamnèse, selon la terminologie employée par Barbara Cassin, philosophe, pour spécifier l’expression sud-africaine du Full disclosure (pleine et volontaire divulgation du crime).

Toute politique de l’oubli suppose l’existence préalable d’un souvenir et sa prise en compte.

Incidences négatives sur la politique

Quand la politique de l’amnésie prend la forme institutionnelle de l’amnistie des actes d’inhumains, la politique délégitime les institutions publiques et contribue à déresponsabiliser les personnes devant la société.

Au niveau plus pragmatique, l’oublie public de l’inhumanité supprime la signification négativement « exemplaire » de ce qui est arrivé et par là même sa fonction « édifiante4 », en vue de prévenir la réitération des crimes du passé.

Le statut de la vérité dans les pratiques de justice transitionnelle

La justice transitionnelle est une stratégie privilégiée de sortie de crise, dont la finalité ultime est de faire la lumière sur une période passée d’abus et de violations massives dans l’espoir de réconcilier les populations en profondeur. Pour Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan, du Togo, les mécanismes de la justice transitionnelle reposent sur quatre piliers, à savoir le droit à la vérité, à la justice, à la réparation et les garanties de non-répétition. A ce titre poursuit Mgr Nicodème continue dans le même d’idée en disant de la justice transitionnelle, que lorsqu’elle est mise en œuvre, représente une fragile avancée vers l’état de droit, une victoire modeste sur le déni total de vérité une fenêtre ouverte sur l’espérance, une étape, imparfaite sans doute mais réelle, dans le redressement de la destinée d’une nation. L’une des grandes audaces, c’est d’avoir basé ce mécanisme sur le pardon et l’aveu.

Culture démocratique, reprise politique de l’interculturalité

Elle est une culture que l’on accueille et qui s’intègre dans les habitus bien définis. Cette culture est appelée à se communiquer. Pour que la démocratie soit une chance l’Afrique d’aujourd’hui et de demain, il convient d’assurer à la génération présente la culture de l’acceptation de l’autre dans la différence et dans sa culture. Faire de l’interculturalité la grammaire de la démocratie, c’est précisément promouvoir une culture du vivre ensemble où l’autre est respecté pour ce qu’il est et non pas forcement pour ce qu’il fait.

Justice et charité : l’apport du christianisme et des autres religions

AM dans « son rôle prophétique, pointe une aube nouvelle d’espérance qui se dessine à l’horizon. Comme le montre si bien Augustin, dans la Cité de Dieu, l’espérance que l’Eglise porte en elle consiste dans l’idée d’une conversion possible de notre amour vers Dieu, source de toute paix. « Pas de paix sans conversion de notre amour vers Dieu ». La mission de l’Eglise dans ce domaine est de rendre le plus intelligible possible une parole dont elle est simplement dépositaire.

Pour un enracinement culturel du sens du droit et du devoir et du sens de la justice dans nos sociétés négro-africaines, le P. Barthélemy C. D. Zinzindohoue, pense, qu’à côté d’autres approches, il nous faut également nous référer aux différents textes traitant du sujet et qui se trouvent dans le patrimoine culturel traditionnel négro-africain.

Pour le P. Jean-François Petit qui boucle la boucle de ce long et riche colloque sur : Vers une démocratie interculturelle en Afrique, lui ai apparu la pertinence, et la cohérence de la vérité de certaines assertions centrales de d’AM : justice et charité sont essentielle à la vie de homme. La juridisation, la politisation et la démocratisation des sociétés africaines s’épuisent dans le processus de purification nécessaire à sa réalisation.

Boris N. (novice assomptionniste)
AA, n°15, janvier 2015, p. 22-23

1 Paul Ricoeur, « L’acte de juger, » in Le juste, Esprit, 1995, p. 185-192.
2. Ibid, p. 185
3 . Ibid., p. 191
4 Paul Ricoeur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Seuil, Essais, 2000, p. 588

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